fake bnews éduqons-nous dossier du jeudi

Fake News : Stop the Madness !

Bon allez, trop c’est trop ! J’apprends ce matin que des expéditions punitives contre des Roms ont eu lieu en Ile-de-France suite à la propagation d’une fake news par SMS. WHAT THE ACTUAL FUCK ?

Je ne peux pas laisser passer ça sans essayer d’éduquer au moins une personne sur le problème des fausses informations, des rumeurs et des hoax.

Dans le climat actuel de méfiance, de haine, de colère, il est encore plus primordial que nous soyons tou·te·s vigilant·es face aux sources d’informations que nous choisissons ainsi qu’aux messages que nous relayons. Alors voici quelques conseils, astuces, clés, appelle ça comme tu veux, pour ne pas te faire avoir et te retrouver à relayer des conneries à tout ton entourage et que ça se finisse en pugilat comme ça s’est produit ces derniers jours.

Internet n’est pas un média comme les autres

Aujourd’hui, il y a tellement de sources d’informations disponibles, contrairement à il y a même pas vingt ans, qu’il est parfois tentant de considérer comme acquis le fait qu’Internet est un média d’information comme les autres. NON, Internet n’est pas un média d’information et ce que tu trouves en ligne à 90% du temps n’est pas une information neutre et factuelle.

Tu as totalement le droit de choisir ce que tu lis sur Internet, les pages que tu suis sur les réseaux sociaux, les blogs que tu consultes etc. Mais tu dois apprendre à faire la différence entre les OPINIONS (jugements de valeur sur un fait) et les FAITS/INFORMATIONS.

Et ce qui différencie Internet des autres médias, c’est que les opinions sont mélangées avec les informations. Dans un journal, les opinions sont présentées de manière transparente : on peut soit les faire apparaître entre guillemets pour signifier que c’est une personne en particulier qui parle ou encore donner parole libre à quelqu’un sur un sujet dans un Edito ou dans une rubrique consacrée, souvent appelées « Opinions ».

Footer du site Le Monde

A ce titre, je rappelle qu’un·e éditorialiste n’est pas un·e journaliste. Tous deux n’ont pas le même travail. L’éditorialiste est chargé·e de la rédaction des éditos qui sont des « articles de fond, commentaires, signés ou non, qui expriment, selon le cas, l’opinion d’un journaliste ou celle de la direction ou de la rédaction du journal, de la radio ou de la télévision. » (Larousse)

Un·e journaliste « recueille des informations, les vérifie et les rend accessibles au public (…) Quel que soit le support ou l’employeur, les journalistes doivent respecter quelques règles de base (toujours vérifier leurs sources et infos, choisir un angle pour hiérarchiser les informations, capter l’attention du lecteur par un style simple, vif et direct) et sont soumis aux mêmes règles de déontologie. » (CIDJ)

Celleux que tu vois et entends souvent à la télé, souvent sur les chaînes d’infos en continu, qui s’égosillent et s’écharpent sur tout et surtout sur n’importe quoi, sont des éditorialistes, voire des polémistes, qui interviennent pour donner des points de vue sur l’actualité. Ielles sont sensé·es apporter des analyses sur les événements mais, parce que le modèle économique des chaînes d’infos en continu est basé sur la pub, il leur est demandé, surtout, de faire de l’audience, du buzz, et pour cela, de balancer de la phrase choc, de faire du contenu qui sera viral, partagé, lui-même commenté, souvent à chaud, sans recul par tout un chacun.

Ce ne sont pas des informations, ce ne sont ni plus ni moins que l’incarnation des commentaires sous les articles en direct live.

Un titre n’est pas une information

Quand tu relayes un article, la première chose à faire est de le lire EN ENTIER. Un titre ce n’est qu’une partie de l’histoire et du propos.

Regarde, pas plus tard qu’hier, la toile s’indignait de l’annulation de la sortie 100% féminine dans l’espace par la NASA faute de tenue en taille M pour l’une des spationaute. La NASA se voit alors accusée de sexisme et de machisme, de ne faire aucun effort vraiment. Annuler une sortie pour une question de taille de tenue ! On est en 2019 et la NASA n’est pas foutue d’avoir une tenue en taille M de secours ?! Peut-être, mais la réalité est un peu plus complexe que cela, comme l’explique le journaliste Eric Bottlaender, spécialiste des questions spatiales dans un thread sur Twitter.

Beaucoup de gens se sont arrêtés au titre de l’information mais ne sont pas allés lire le communiqué officiel de la NASA expliquant tout cela.

TOUJOURS PRENDRE LE TEMPS DE LIRE L’INFO EN ENTIER et ne me fais pas croire que t’as pas le temps, tu passes en moyenne, comme tou·te·s les français·es, 4h38 en ligne chaque jour.

Vérifier la source de l’information

Systématiquement quand je vois passer une information sur les réseaux sociaux, partagée par des gens de mon entourage, je commence par prendre un dixième de seconde pour regarder le lien juste en dessous, afin de m’éviter de perdre mon temps. Ce lien c’est ce qui te permet de savoir qui a publié l’article en question initialement et, quand tu es un peu aguérri·e ou du moins attentif·ve, tu détectes les sites qui sentent la merde assez facilement.

Screenshot d’un partage d’article sur Facebook

Je sais pas pourquoi mais un site dont l’URL ressemble à « info-du-net-vraies-de-la-vraie-vie.fr », ça m’inspire pas la confiance. Tout comme les noms un peu shady dont je n’ai jamais entendu parler à la « Santé Conseil » ou encore, les articles avec des « cette info va vous surprendre » ou « la suite est hallucinante » bien putaclic en guise de titre, ça, je m’en méfie comme de la peste. Et tu devrais faire la même chose !

Image Mademoizelle

Afin de vérifier la véracité ou du moins, la qualité d’un site, se rendre sur la page « A propos » ou « Mentions Légales » dudit site pour savoir qui se cache derrière est plutôt bien vu. Dans un journal « normal », on a au minimum le nom d’un·e directeur·ice de la publication, ainsi que des moyens d’identifier la société détentrice du journal. Et dans le cas des sites parodiques tels que Le Gorafi, les sites sont sensés mentionner clairement leur démarche. Pour info, Le Gorafi, Nordpresse.be, The Onion sont des sites parodiques dont on voit souvent passer les articles sur les réseaux sociaux. Il en existe des tas d’autres donc fais gaffe quand tu vois passer des articles qui te paraissent WTF, ils viennent potentiellement de ce genre de supports.

Info parodique publiée sur Le Gorafi

Autre conseil : vérifier la source de ta source. Une info publiée sur un site ou un blog qui se veut un minimum éthique/sérieux devrait être « sourcée », ce qui veut dire que l’auteur·rice de l’info met un lien vers l’article originel ou le site chez qui ielle est allé·e chercher son information. C’est ce que je fais pour chaque brève que j’écris dans les Actus du Web. Je rends à César ce qui lui appartient ET je fais en sorte que tu puisses me faire confiance en te prouvant que je suis allée chercher mes informations sur des sites fiables, reconnus pour leur qualité.

Dans le doute, il existe des sites dont la spécialité est de te dire si un site qui se présente « d’informations » est fiable ou non, comme Décodex par Le Monde en qui je fais le plus confiance.

La police ne fait pas circuler d’informations par SMS

Quand la Police nationale, municipale ou même la gendarmerie a un message à faire passer aux populations, elle n’envoie pas un SMS à faire tourner « c’est sérieux, ça vient de la police de Monfion-sur-la-Commode ».

Aucun flic ne te demandera JAMAIS de prévenir ta mère, ton père, tes frères et tes sœurs qu’un violeur sévit dans le quartier en envoyant un texto. Les SMS que tu reçois, même des personnes de ton entourage en qui tu as confiance, qui te racontent ce genre de choses sont au mieux des canulars au pire des actes de malveillance, qui en plus de n’être pas drôles, mettent potentiellement des gens en danger.

Si la Police a un message à faire passer, elle préviendra la presse nationale par communiqué officiel (TV, radio, presse écrite, agences de presse) ou éventuellement la presse locale pour des affaires particulières.

Dans le cas d’enlèvements d’enfants, la France dispose du système Alerte Enlèvement qui diffuse des informations sur l’enfant disparu·e et la marche à suivre pour apporter un éventuel témoignage en télé, radio et internet en temps-réel ou presque.

On l’a également vu en cas d’attentats ou même de crise comme une catastrophe naturelle par exemple, l’Etat communiquera toujours par la voix qui atteindra le plus de monde, le plus vite possible : internet, radio, TV. Le SMS a été envisagé un moment avec le système d’alerte avorté SAIP. Cependant, à l’heure actuelle, il n’existe pas de système permettant d’envoyer un SMS à l’ensemble de la population, même si une réflexion est en cours au niveau européen.

Leave le CHU de Nantes alone !

Ah, aussi, les hôpitaux non plus n’envoient pas de demande de don du sang, d’organes ou de moelle osseuse par SMS, fax, email ou sur les réseaux sociaux. En France, c’est l’Établissement Français du Sang qui s’occupe des récoltes de sang et qui communique quand les réserves baissent ou qu’il y a un pic de demande ponctuel. Pour ce qui concerne les dons d’organes, c’est l’Agence de la Biomédecine qui s’en occupe et à ma connaissance, elle ne fait jamais d’appel aux dons.

Donc, le post qui revient régulièrement sur les réseaux sociaux ou par mail demandant de prendre contact avec le CHU de Nantes pour aider une petite fille qui va mourir, c’est NON. Arrête de partager, arrête d’appeler, c’est un fake.


En résumé

Avant de partager une info :

  • Tu vérifies la source,
  • Tu vérifies la source de ta source,
  • Tu lis l’article en entier,
  • Bonus point : tu cherches d’autres articles pour vérifier l’information et voir si elle est traitée ailleurs,
  • Tu peux aller chercher sur des sites de fact checking si une information est avérée ou si c’est un fake,
  • Tu apprends à distinguer les faits des opinions,
  • Tu n’oublies surtout pas qu’Internet n’est pas un média comme les autres.
Youtube – Bibliothèque du réseau de l’Université du Québec

Ressources utiles

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