j'aime pas qu'on envisage de supprimer l'anonymat en ligne

J’aime pas qu’on envisage de supprimer l’anonymat en ligne

Son projet, c’est de faire en sorte que l’anonymat ne soit plus une prérogative de l’internet, apparemment. Emmanuel Macron, président de la France start-up nation a déclaré plus tôt ce mois-ci devant une délégation de maires, dans le cadre du grand débat national, vouloir « hygiéniser » le statut de l’information et aller progressivement vers une levée de l’anonymat en ligne.

« Ce que nous devons réussir à faire d’abord, c’est en quelques sortes une forme d’hygiène démocratique du statut de l’information. Je crois qu’on doit aller vers une levée progressive de toute forme d’anonymat et je crois qu’on doit aller vers des processus où on sait distinguer quand même le vrai du faux et où on doit savoir d’où les gens parlent et pourquoi ils disent les choses. »

Emmanuel Macron, janvier 2019, France, pays des droits de l’Homme tout ça, tout ça.

Manu passe un savon aux anonymes du net

Initialement, je crois que Manu a voulu dire que les fake news, c’est caca, que les rumeurs, quand c’est faux c’est pas bien, que les gens ils devaient apprendre à distinguer la parole d’experts sur un sujet face à la parole de Jean-Foutre qui racontent n’importe quoi. En soi, ça se tient, je veux bien être d’accord avec lui. On sait très bien le mal que font les fake news : ça donne du Donald Trump au pouvoir et des nanas qui se collent des gousses d’ail dans la chatte pour soigner leurs mycoses (ne le faites pas mesdames, par pitié).

Et puis, après, il s’est senti en confiance, il a relâché la pression et il est parti un peu en roues libres sur le fait que (même si c’est plus que vrai) les gens qui disent de la merde (propos racistes, sexistes, diffamatoires, homophobes et j’en passe, tu connais Internet) ils le font en se cachant derrière leur pseudo et du coup, bah on peut rien leur dire, ils se sentent invincibles et c’est un peu énervant quand même.

Du coup, dans sa logique jupitérienne, Manu il s’est dit, bah on n’a qu’à dire que l’anonymat ça serait interdit comme ça, soit ielles diront plus de méchancetés, soit on saura qui ielles sont et on pourra les retrouver et les gronder.

Plusieurs problèmes dans ce que tu dis Monsieur :

  • liberté d’expression : en France, on n’a le droit de dire ce qu’on veut tant que ça reste dans le cadre de la loi et il existe déjà des sanctions pour les contrevenants (même si c’est long et difficile de les retrouver parfois, on y arrive). Essayons déjà de faire fonctionner ça – au hasard, en donnant des moyens à la Justice, avant d’essayer de remettre une couche de round’up liberticide sur le peuple, s’il te plait.
  • liberté de penser (coucou Florent Pagny) : « cleaner » ce qui se dit en ligne, ça n’empêchera pas tonton Gérard de penser que les noirs, les arabes et les pédés c’est ce qui va conduire la France à sa ruine. Parce que même si Internet donne l’impression de « décomplexer » et de permettre la propagation d’une certaine parole, j’ai envie de te dire, de manière un peu cynique, c’est pas nouveau le fait qu’on vive dans un pays où racisme, homophobie et autres joyeusetés font partie des traditions. Peut-être, je dis bien, peut-être, qu’on devrait essayer d’éduquer les gens sur toutes ces problématiques voire, être exemplaires au sein des organismes publics plutôt que, je sais pas, continuer à jouer dessus pour se faire élire et gagner plein de gros sous ? (Je me trompe sûrement, je ne suis qu’une femme du peuple)
  • ça sent un peu la dictature ton histoire : vouloir distinguer une parole étatique « propre », valable, d’une parole « sale », non-hiérarchisée, c’est un peu un discours de dictateur, qui voudrait pas que ses opposants puissent s’exprimer. Et je sais que tu penses pas à mal, tu cites des exemples qui se tiennent, mais des dérives, y’en a dans les deux camps. Puis-je te présenter Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan qui dernièrement ont bravement claironné que le Traité d’Aix-La-Chapelle allait vendre l’Alsace et la Lorraine à l’Allemagne ? On est d’accord que ces gens sont sensés être « experts » de ces questions + représentants du peuple ? Tu vois, c’est pas facile quand on a une parole à la fois « hiérarchisée » et « horizontale » mais qui, dans les deux cas, dit de la merde !
  • tu n’es pas le président de l’Internet, il me semble, uniquement de la France, tu peux pas décréter que dans ton pays, les gens ils ont pas de pseudo en ligne (je précise que je ne suis pas juriste) et je pense même que si tu parviens à faire passer une loi en ce sens ou je ne sais quel autre décret, ça va pas tenir deux minutes ton truc (un exemple : réfère-toi à ce très beau projet que l’on a appelé Hadopi).
Ça fait chier de partager une vidéo BFM TV mais ils ont pile l’extrait dont je parle.

Bref, il était peut-être fatigué, il avait peut-être chaud, ou il est peut-être tout simplement à la masse sur les questions numériques, mais Emmanuel Macron n’a pas agacé que moi avec cette petite phrase.

Sur le Blog du Modérateur, on parle de « fausse bonne idée » (et c’est peu dire) :

Limiter ou interdire l’anonymat aurait simplement comme conséquence de ne plus permettre aux citoyens de s’exprimer ou s’informer librement. Une telle décision ne permettrait pas au débat démocratique de devenir plus sain : il limiterait simplement les divergences d’opinion et le développement du libre arbitre, au profit d’une pensée uniforme et convenue.

Le Blog du Modérateur « Interdire l’anonymat sur Internet, une très bonne idée pour uniformiser les pensées« 

Voilà, j’aurai pas dit mieux !

We are legion, we do not forgive, we do not forget

Je rappelle au passage que La Quadrature du Net lutte pour la défense de l’anonymat en ligne depuis 2010 déjà et que sans anonymat, par exemple, je n’aurai jamais eu le courage de bloguer, des milliers de femmes n’auraient jamais eu le courage de parler #MeToo et des lanceurs d’alertes n’auraient jamais eu le courage de dénoncer les Panama Papers ou les scandales des implants médicaux défectueux.

Et puis, ielles ont beau ne pas toujours être très finots, les Anonymous ont quand même réussis quelques trucs cools depuis le temps.

Alors, je sais que je ne devrai peut-être pas parler politique – ça me donne des aigreurs – mais, quand on s’attaque à l’un des droits fondamentaux de l’Internet, forcément, je me sens obligée de ramener ma fraise. J’ai bien conscience que le net d’aujourd’hui est loin de celui qui avait été rêvé par ses fondateurs, qu’il s’y passe les choses les plus dégueulasses de la terre mais obliger les gens à ne plus s’exprimer qu’au travers leur identité « IRL », c’est aller à l’encontre de l’essence même du web. Parce que c’est ici et seulement ici que des millions de gens peuvent être qui ielles veulent, montrer ce qu’ielles veulent d’elleux-même et pour beaucoup, c’est plus que salutaire : c’est vital.

Pour aller plus loin :

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