j'aime pas est rubrique où je râle

J’aime pas qu’on dise que les réseaux sociaux rendent malheureux

Il y a quelques jours, j’ai vu repasser, dans ma timeline LinkedIn, un article du magazine Cheek datant de 2015 qui m’a donné envie d’écrire mon premier « J’aime pas ça ! ». Non pas que je n’aime pas Cheek Magazine qui est souvent plutôt cool et bien écrit, non, mais je me suis quand même sentie chiffon. Je t’explique.

Dans un premier temps, il faut que je te dise de quoi parle ce fameux papier qui, s’il n’a pas vraiment déclenché mon courroux (coucou) (vanne de goût), m’a en tout cas fait lever les yeux au ciel si fort que j’ai aperçu l’arrière de ma boîte crânienne.

Donc, ce joli papier de 2015 (je le répète, c’est important, c’était il y a plus de deux ans) dit, en gros que Facebook et Instagram nous rendent dépressif parce qu’on ne fait que se comparer aux autres et se mettre en scène pour rivaliser de bonheur et de perfection, dans une sorte de concours de bite mondial du cool. Du coup, on se sent comme des pauvres merdes et on se dit que si notre vie ne ressemble pas exactement à celle des gens des Internets, on l’a ratée.

(Oui, je fais des gros raccourcis, vraiment, lis cet article, qui est très bien écrit et bien documenté)

En réalité, ce n’est pas tant le propos de cet article qui me dérange – il y a du vrai, indéniablement, on le sait – c’est plutôt le fait de l’avoir vu repasser dans ma timeline aujourd’hui en 2017, accompagné de commentaires à base de « Tellement vrai ! » ou « C’est trop ça ! », alors qu’il y a eu depuis pas mal de changements.

Au final, ce sont plusieurs choses qui m’ont agacée :

  • Les gens qui ne lisent pas la date de publication initiale d’un article avant de le partager,
  • Les gens sur LinkedIn qui croient que le social media bashing c’est cool et ça montre qu’on est plus humain-plus malin-embauchez-moi-je-suis-quelqu’un-de-bien,
  • Le fait qu’on en soit encore à dire que les réseaux sociaux et Internet c’est Satan et que si le monde va mal, c’est parce qu’on passe notre vie à regarder des écrans.

Instagram et la vérité toute nue

Alors qu’Instagram a longtemps été (et continue d’être, ne nous voilons pas la face) le royaume de la photo parfaite qui te fait te sentir comme une merde, on assiste, depuis un peu plus d’un an je dirai, à une tendance à la réappropriation de la plateforme pour y montrer le monde réel, sans (trop d’)artifices, hashtag no filter.

En 2016, rappelle-toi, on a a commencé à entendre parler de ces Instagrameuses ou de ces mannequins qui se sont servi des plateformes sociales en ligne pour dénoncer le culte de l’apparence qui y est pratiqué (dois-je te rappeler que les magazines féminins font ça depuis les années 50 et qu’on commence à peine à se dire qu’on en a ras-le-cul ?) ou la tromperie opérée par les marques avec les posts sponsorisés (des pubs qui n’en ont pas l’air, tout simplement). Bien que vivement critiquées pour avoir « craché dans la soupe » ou avoir fait preuve d’hypocrisie, elles ont en tout cas contribué à la « libération » d’Instagram de son côté culte de la perfection, ouvrant la voie à autre chose, à des images plus « vraies ».

C’est le cas par exemple avec toute la mouvance des comptes et postes « body positive » qui utilisent Instagram pour promouvoir l’acceptation et la visibilité de tous les types corps (voir les tags #bopo#bodypositive (plus de 3M° d’utilisations) ou #effyourbeautystandards) sur internet et en dehors. Photos de corps gros, de corps handicapés, de corps de couleur, de corps transgenres…le mouvement body positive utilise parfaitement Instagram pour promouvoir la diversité et l’acceptation des corps, quels qu’ils soient, diffuser ses messages d’ouverture et ouvrir le débat sur des sujets bien plus profonds, comme par exemple l’appropriation culturelle dans la mode, la culture du viol ou encore les privilèges blancs.

On est donc bien loin de l’éternelle recherche de la « photo parfaite », de la mise en scène pour montrer une réalité qui n’en est pas une ou de l’injonction au cool. Ici, on est plutôt sur du « cellulite, poils et cicatrices apparents ». Finalement, c’est le normal qui (re)devient le cool.

Redéfinition de la normalité

D’ailleurs, le concept de « normal » est lui-même en train de se voir redéfinit. Être normal, c’est être pareil, fondu dans la masse, lisse, « pas différent ». Pourtant, les réseaux sociaux permettent désormais à toutes celles et ceux qui ne se sentaient pas « normaux », de le (re)devenir. Il n’y a plus vraiment de marginalité, on est tous le bizarre de quelqu’un d’autre à l’échelle d’Internet. C’est finalement « normal » d’avoir du gras, de la cellulite, des boutons, de la peau qui pend ou pas. Et c’est aussi normal de ne pas être toujours heureux et de l’afficher sur les réseaux sociaux.

Là où l’article disait en 2015 « Exit donc certaines émotions peu glorieuses à l’image de la tristesse ou du coup de blues, place aux masques de joie et aux expressions convenues du nirvana », je réponds qu’en 2017, ce n’est plus totalement le cas. Grâce aux réseaux sociaux, et notamment aux Groupes Facebook (qui font office ici de version modernisée des forums), beaucoup d’internautes trouvent désormais aide et soutien pour faire face à leurs problèmes de dépression.

Concernant les maladies mentales, on assiste d’ailleurs à une ouverture de la parole autour de troubles jusqu’alors souvent tabous : dépression, schizophrénie, anxiété, bipolarité, de plus en plus de célébrités et d’anonymes osent parler de leurs difficultés de manière transparente sur les réseaux sociaux. Certaines même, vont jusqu’à parler de leurs expériences traumatisantes, comme l’a fait Lady Gaga, et finalement, permettent à leurs fans et aux internautes de s’exprimer eux-aussi et de réaliser qu’ils ne sont pas seuls.

Bienveillance, soutien, communauté

Alors oui, je sais, Internet reste le royaume des trolls, des haters et du bashing mais je suis persuadée qu’il y a une partie de plus en plus importante du web qui a envie d’aider son prochain. Je refuse de laisser les gens continuer à propager l’idée selon laquelle les réseaux sociaux n’apportent que souffrance. Et surtout, je veux que tu comprennes que tu es le maître de tes réseaux sociaux, que même si les algorithmes te suggèrent plus ou moins subtilement qui suivre, quoi regarder, que lire, toi et toi seul es maître de ta timeline. Si ce que tu vois te fait te sentir mal, change de vision. Cherche quelque chose qui t’inspire, qui te rends heureux-se ou te fais sourire. (Ça a l’air facile quand je le dis, mais je peux en témoigner, je l’ai fait. J’en parle ici).

L’article se conclut d’ailleurs sur une note plutôt positive :

Ces réseaux sociaux vont-ils définitivement plomber le moral de la génération Y? Non, pas forcément. Pour commencer, tout le monde ne montre pas qu’une vie idéalisée. (…) Heureusement, avec les années, vient le recul. C’est du moins ce qu’assure le psychologue Sébastien Dupont: “Une grande partie de cette génération voit tout ça avec beaucoup de distance, ils montrent leur bonheur, ils se prêtent au jeu mais avec une espèce de conscience suraigüe que ce n’est pas là que ça se joue”. Lui compare ça aux “mondanités, à l’époque où il fallait faire des manières et inviter son voisin”. Derrière le jeu social, la majorité d’entre nous sait “que ce n’est qu’une partie de la vie”. Ça va quand même toujours mieux en le disant.

Visiblement, Machine de ma timeline, quand elle a partagé ça sur LinkedIn, elle était pas allée au bout de l’article…

Toute une éducation à refaire !

 

Source : Cheek Magazine

 

PS : Télérama publie aujourd’hui un nouvel article sur le sujet dont le titre m’a donné des palpitations : « Instagram : l’insupportable tyrannie du cool ».  Lis-le si tu veux. Malgré son titre putaclic pour les gens qui aiment dénoncer des choses qu’on sait depuis longtemps (« La guerre c’est caca ! Polluer c’est pas très gentil ! Les gens sur Instagram sont parfois payés par des marques ! ») , l’article dit tout de même des choses vraies mais réduit malheureusement la plateforme à son aspect « écran publicitaire à scroll infini » et ses utilisateurs à des veaux incapables de faire la différence entre posts sponsorisés et images de la vraie vie. Dommage.

 

PPS (après j’arrête, promis) : On oublie aussi pas mal qu’à la base, Instagram, c’est ni plus ni moins qu’un album photos. Jette un œil dans les albums photos de tes parents / grands-parents et dis-moi si tu y vois vraiment la « vraie vie » ou simplement une mise en scène d’un événement pour la postérité. Allez, bisous !

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